Rencontre avec... — 07 novembre 2011 — Aude Nouailhetas
N + 1 Survivre en entreprise en 10 leçons

 

Résumé: Il met une cravate et court de réunion en réunion. Séminaire, déjeuner cohésion, formation top management, lifecoach…Il se promène d’un pas alerte dans le monde fabuleux de l’entreprise, dans l’univers souriant de la corporate life. Il manie le slide comme un virtuose et sort son BlackBerry plus vite que son ombre. Il déjeune avec le board et n’hésite pas à envoyer des textos le week-end au DG. Il ? c’est un personnage étrange qui peuple les quartiers d’affaires, les ascenseurs de ta tour, les couloirs de ta boîte. Suffisant sans être nécessaire, omniprésent sans être utile, interventionniste sans être efficace : ses collaborateurs l’appellent N+1.

Extrait: « Hier, il ne portait pas de cravate. Il prenait une veste en vitesse, pour assurer lors de ses rendez-vous, mais il passait le plus clair de ses journées en bras de chemise. Le vendredi, c’était Casual Friday. Il venait à la boîte en jean et pull à col roulé. C’était avant. Une autre vie. Ça paraissait si loin déjà : la préhistoire. Quand il n’était le N+l de personne. Quelque chose comme Mister Nobody. »

Qui sont les auteurs de N+1 Survivre en entreprise en 10 leçons ?

Théodore Musard et Achille Wolfoni sont romanciers. Ils sont notamment les auteurs de Chirac s’emmerde et de Rachida m’a dit.  N+1 Survivre en entreprise en 10 leçons est une fable mordante et contemporaine sur « la corporate life »!

Rencontre avec Achille Wolfoni :

 D’où vous est venue l’idée d’écrire N+1?

Il nous est apparu au travers de conversations, d’expériences personnelles, de rencontres, qu’une nouvelle caste de cadres était apparue. Ni productive, ni stratège, elle semble avoir pour seul objet d’organiser des synergies, de renforcer la cohésion, d’impacter les décisions, d’éviter les kick off déceptifs, les slides confusants,  de développer des organisations matricielles. Une question nous obsédait à leur sujet : « Mais que peuvent-ils bien faire toute la journée ? ». Nous avons donc, en romanciers, imaginé la vie d’un de ces N+1, commercial au départ qui petit à petit découvre les sphères du top management.

Ce livre est-il une caricature? Dans quelle mesure?

Ce livre est d’abord un roman dans une entreprise imaginaire dont on ne sait d’ailleurs ce qu’elle produit. C’est un regard irrévérencieux sur un monde qui se prend au sérieux, surement pas un livre à thèse.

Une caricature ? Il faut parfois forcer le trait pour faire ressortir ce qu’il peut y avoir de ridicule dans une attitude ou une situation. Soyez rassuré, dans la vraie vie de l’entreprise, personne n’est obsédé par la seule apparence du pouvoir, personne ne serait prêt à sacrifier famille, ami, amour pour rejoindre le board…

Parlez nous du « pseudo manager super brasseur de vent ».

Le manager de notre roman est un sympathique personnage, sérieux et travailleur qui se trouve d’un coup fasciné par l’univers des décideurs. Il essaye donc de leur ressembler. Tout compte, tout fait signe : la coupe du costume, la façon de marcher conquérante sans être agressive, la tablette qui a remplacé les dossiers, le blackberry qui vibre sans cesse, la réunion que l’on quitte en avance pour un meeting beaucoup plus important, le Amazing que l’on lance au partner américain avec un regard animal…Notre héros est très affairé. Il court de réunions en séminaires et de séminaires en séances de coaching.

Il cite René Char « Va vers ton but, court vers ton destin… ». Il court, il court, mais on ne sait pas au fond ce qu’il fait…Le sait-il lui-même ?

Au-delà de l’humour et du cynisme qui caractérisent votre livre,  parlez-vous d’un malaise plus profond  au sein du monde de l’entreprise?

Je ne crois pas que ce soit un livre cynique. C’est la naïveté, comme le disait Montherlant qui est la forme supérieure du cynisme. C’est un livre gentiment moqueur. Nous avons voulu moquer les codes et   les rites du tertiaire mais il est  évident que les entreprises ne se résument pas à celle de notre livre. Je ne sais pas s’il y a un malaise au cœur de l’entreprise, ce que je sais, c’est que de très nombreux lecteurs venus d’univers professionnels très différents nous disent « c’est incroyable, vous connaissez ma boîte, vous connaissez mon N+1… »

Un véritable manuel de management à l’humour décapant, l’écriture enlevée et mordante. Le roman vrai de l’entreprise entre L’Open Space m’a tuer et Ma part du gâteau.

Romanciers : Théodore Musard et Achille Wolfoni

Edition : Mango Brothers

Prix : 12,90 €

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