Le off infiltre et envahit l’espace communicatif. Ce moyen d’obtenir de l’information a toujours été une des sources principales de la profession journalistique. Cependant, il devient parfois nocif, tant il est facile de déformer ou mal interpréter certains propos. Pensons à ceux de François Hollande parodiant Nicolas Sarkozy en « sale mec », ou autrefois Lionel Jospin soulignant l’âge avancé de Jacques Chirac.
Pourtant, peut-on imaginer un journaliste (quel que soit son domaine d’activité) s’en tenant strictement aux versions officielles autorisées ? C’est parce que la presse sait aller au-delà des communiqués, des discours pré-mâchés et de la langue de bois politique, qu’elle représente un des piliers de la démocratie. Recueillir de l’information de manière indiscrète fait partie du travail d’un journaliste.
Cependant, il faut revenir aux bases du off. Au départ, il s’agit d’un accord tacite entre un journaliste et son informateur. Le premier s’engage à ne pas divulguer l’identité du deuxième pour que celui-ci puisse s’exprimer sans craintes. Les propos peuvent donc être réutilisés, mais l’auteur n’est pas connu. On prends souvent pour référence la règle de Chatham House formalisée au début du XXe siècle en Grande-Bretagne par le Royal Institute of International Affairs pour sauvegarder la confidentialité des informations échangées.
Mais, parole de journaliste : « jamais, même délivrée en «off», une bonne information n’a vocation à être enterrée. Si on juge opportun de la communiquer à un journaliste, ce n’est pas pour qu’il s’autocensure. Il est dans sa fonction en la réutilisant ; on ne peut lui reprocher. A charge pour lui de conserver la distance nécessaire, et d’en vérifier la validité. » (Gilles Bardier, slate.fr)
Il faut donc respecter quelques règles, car la pratique du « off » a progressivement dévié vers une recherche du scoop à tout prix. Le journaliste oublie parfois qu’il se tient face à une personne qui désire lui faire passer une information et ne parle pas « gratuitement ». Protégé par le « off », l’informateur peut donner de fausses informations qu’il peut ensuite réfuter en affirmant ne jamais les avoir dit ou ne pas les avoir prononcé dans ce contexte comme il est souvent coutume : « Maintenant ça suffit ! Je dis aux journalistes qui déforment nos propos et cherchent la polémique, que ce sport national devient insupportable pour les responsables politiques comme pour nos concitoyens. Cette déformation de paroles que je n’ai jamais validées est indigne » (Nadine Morano, 08/02/2012).
Le journaliste a donc tout intérêt à vérifier l’information pour ne pas être victime d’une manipulation.
De plus, actuellement, certains interlocuteurs se laissent aller dans des conversations qui n’ont rien d’informel. Ils oublient bien souvent le métier de celui avec qui ils parlent et relâchant leurs propos, espèrent obtenir l’indulgence de ceux qui gagnent leur vie en informant. « Le «off» n’est alors plus qu’un jeu dont les uns et les autres abusent pour donner de l’importance à des commentaires qui n’en ont pas, et pour entretenir l’impression d’une complicité entre affranchis sur le fonctionnement des médias. » (Gilles Bardier, slate.fr)
Les exemples sont multiples ; Sarkozy qui fait jurer de respecter le « off » à un groupe de journalistes lors d’un voyage présidentiel, ou Manuel Valls avant un meeting de François Hollande qui briefe les journalistes en lâchant: «C’est du off pour publication»…
Aux Etats-Unis, les pratiques du off sont différentes. Dans les grands titres américains, on respecte totalement le off qui alimente le fond des articles : l’info doit servir au journaliste pour le guider, améliorer sa compréhension ou creuser son enquête. C’est le modèle de l’affaire du Watergate, révélée par Bob Woodward et Carl Berstein, du Washington Post. «On parle à quelqu’un mais cette conversation ne sera pas reproduite, cette personne ne sera pas citée, ni son organisation», poursuit ce journaliste. «Pour nous, la notion d’anonymat doit être au service de l’information. La pratique du off sert à ça.» A ses yeux, en France, le off sert davantage à l’émetteur qui bénéficie alors d’une expression plus libre. «En France, la presse a l’habitude de laisser parler : » Vous me dites ce que vous voulez, je ne vous citerai pas ».»
Le temps où le journaliste se tissait un réseau d’informateurs est bien loin. On fait plutôt face à un « off » organisé et ficelé entre journalistes et informateurs qui laisse planer un doute sur la qualité de l’information.
Source : libération.fr, slate.fr, franceinfo.fr
Crédits photo: yoshiffles, Flickr






